Alors que la dernière semaine du mois de mars a vu des températures records en France, la semaine suivante a déjà indiqué un mois d’avril parmi les plus froids jamais mesurés. Comment expliquer cet écart de plus de 30 degrés en 7 jours ? Est-ce rare ?
Le 31 mars 2021, les stations météorologiques parisiennes relevaient des températures inhabituellement élevées. Avec 26 °C, la capitale bat son record de chaleur datant de mars 1955, lorsque le mercure avait affiché 25,7 °C. Le reste de la France observe la même tendance. À peine une semaine plus tard, le 6 avril, douche froide : la station de Beauvais (70 km au Nord de Paris) enregistre un nouveau record négatif avec – 6,9 °C.
D’abord, ce mois de mars inhabituellement chaud s’inscrit dans un printemps particulièrement précoce, un élément qui aura son importance plus tard dans cet article. D’un autre côté, la vague de froid que nous avons pu observer est relativement caractéristique de la première moitié du mois d’avril. Un phénomène similaire a été noté récemment en 1998, en 1999, en 2003, en 2008, en 2013 et même en 2016, où des épisodes neigeux sont survenus jusque tard dans le mois.
Un cadeau venu de l’Arctique
Le phénomène qui se cache derrière cette vague de froid est bien connu des météorologistes. C’est un simple front d’air froid venu de l’Arctique (appelé Arctic Blast par les anglophones), qui a la particularité de se déplacer rapidement et de conserver ses températures glaciales. Le Jet Stream, ce courant d’air à grande échelle qui régit notre climat, crée parfois des vagues qui permettent aux masses d’air de s’engouffrer dans les creux du courant. Comme vous pouvez le voir sur cette animation montrant l’arrivée de l’arctic blast sur l’Europe le 5 avril, la totalité du front est extrêmement froid :
Cette vague de froid n’est donc pas particulièrement rare, mais il est toutefois peu commun de la voir apparaître après une semaine de chaleurs records. La nuance, c’est que l’élément rare de cette équation, c’est plutôt la dernière semaine du mois de mars qui bat des records de températures parfois vieux de plus de 70 ans. Et là résident les effets du réchauffement climatique : cette variation brutale des températures est bien entendu nocive pour la faune et la flore.
Des risques grandissants de gels dangereux pour la végétation
Si la flore est soumise au gel la plupart des hivers, ces épisodes de gels tardifs au mois d’avril vont être de plus en plus difficiles à supporter pour les végétaux. Le réchauffement climatique est le premier responsable de ce changement. L’arrivée de plus en plus précoce du printemps chaque année est maintenant évidente. Les fameux cerisiers japonais, les sakuras, ont fleuri cette année à la date la plus avancée jamais observée au Japon. La préfecture de Kyoto documente ce phénomène depuis l’an 812. Cette floraison anticipée des plantes est due à des hivers de plus en plus doux année après année, ce qui habitue les végétaux à renaître plus tôt chaque printemps.
Habituellement, lors des périodes de gel, les plantes ne sont donc pas entièrement développées et survivent mieux. Mais avec ces jours et semaines d’avance, les végétaux subissent des gels tardifs alors que la pousse est déjà bien entamée. Ces gelées sont sensiblement plus destructrices pour la flore. Ce déséquilibre impacte aussi la faune, comme les insectes, dont la reprise de l’activité au printemps suit celle des végétaux.
Pour résumer, rien d’anormal dans cette vague de froid soudaine, souvent observée au mois d’avril en Europe. En revanche, la semaine de chaleurs records relevées à la fin du mois de mars est plus préoccupante, symbolique de la modification du cycle des saisons dont on est actuellement témoins.